« Sweatshop », cette télé-réalité ratée qui veut changer notre comportement face à la mode

Crédit : Elle.be

Trois blogueurs modes norvégiens partent travailler dans une usine de textile cambodgienne. Voici le speech d’une télé-réalité « Sweatshop » autrement dit « atelier de misère ». On en a beaucoup entendu parler surtout sur les réseaux sociaux, et ce n’est pas pour rien, car en ce qui me concerne, je reste perplexe face à cette télé-réalité ratée et niaise.

La démarche semble être plutôt bien trouvée : trois blogueurs mode norvégiens Anniken Jorgensen, Frida Ottesen et Ludvig Hambro, plongent dans le quotidien des ouvriers du textile de Phnom Penh au Cambodge pour voir de leurs propres yeux leurs difficiles conditions de travail.

5 épisodes dénonçant les conditions de travail

Durant un mois, ces trois jeunes blogueurs vont travailler dans une usine de textile de grandes enseignes de prêt-à-porter comme H&M, Mango. Ces « enfants gâtés », comme ils se définissent eux-mêmes, déchantent rapidement en voyant les conditions de vie et de travail de ces ouvriers : horaires à rallonge (7h-18h, 7j/7), chaleur dans les ateliers, bruits incessants des machines, salaires misérables… « Le réveil a sonné à 5h30. Nous nous sommes levés avec un énorme mal de dos pour aller travailler. J’ai cousu des habits pendant 8 heures. J’ai gagné quatre dollars. Nous sommes des enfants gâtés. J’ai honte », raconte la blogueuse Anniken sur son compte Instagram. Ok sans commentaire, je lève les yeux au ciel, et je me dis que c’est une blague… Le malaise s’installe rapidement.

Faire culpabiliser les consommateurs ?

L’idée est de sensibiliser les jeunes norvégiens et européens sur la provenance de leurs vêtements et, par conséquence, dénoncer les conditions de travail de ces ouvriers. Produit par Johan Karlsen, journaliste à l’Aftenposten, les cinq épisodes sont disponible gratuitement sur le site du journal. A voir et à revoir à volonté donc, pour une certaine « prise de conscience » : « J’espère que les travailleurs recevront le salaire qu’ils méritent. Les grandes chaînes doivent prendre leurs responsabilités », dénonce le producteur au magazine ELLE belge. (Je lève pour la seconde fois les yeux au ciel). Au lieu d’informer, ce genre d’émission ne fera que de culpabiliser les téléspectateurs, et quitte à faire un choix,  ils ignorent la réalité qui leur échappe et continuent à acheter. La société créée continuellement de nouveau besoin : le système de la fast-fashion ne se contente plus de sortir une nouvelle collection par saison, mais créée sans cesse de nouveautés = beaucoup de demandes = production multipliée = sous-traitance des employés.

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Les trois blogueurs norvégiens en pleins tournage de « Sweatshop » . Crédit photo : Elle.be

Les choses ont-t-elles bougé ?

Petite précision, « Sweatshop » a été diffusé en avril 2014, et depuis que s’est-il passé ? Beaucoup de pleurs, de honte, de culpabilité à travers ces cinq épisodes, pour pas grand-chose, à part de se montrer à la télé, entretenir une image de blogueur mode engagé et conscient de la réalité ? On se dit que ce web-documentaire bougera les choses ? Pas réellement. Depuis la diffusion de la télé-réalité, aucune retombée n’est mentionnée, que ce soit sur les trois blogs respectifs ou ailleurs. La vie continue pour ces trois blogueurs, entre des sessions de shopping, selfies et bons moments entre amis.

Cette situation ne touche pas que le Cambodge : en 2013 un effondrement d’un atelier de textile au Bangladesh avait fait 1127 morts et plus de 2000 blessés. Canal + a diffusé en juin 2014, un document « Le monde selon H&M » dénonçant les conditions de travail des ouvriers du géant suédois.

2 Comments

  1. Perso je trouve quand même positif de parler des conditions de fabrication des vêtements même si ce film est imparfait. Des émissions sur le sujet il commence à y en avoir mais avant le Rana Plaza personne n’en parlait. Et comment s’attaquer à un problème si on n’en parle même pas?

    1. Bonjour Apolline,
      Oui je suis d’accord avec toi. Mais il y a une façon d’en parler. Le problème est là : envoyer des blogueurs mode qui ne sont même pas capable de faire bouger les choses après ce reportage, je trouve ça à la fois triste et lamentable de se mettre en avant de cette façon. Certes, c’est en continuant d’en parler qu’on arrivera à faire bouger les choses, du moins, je l’espère !

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